Petite Marelle : Bonjour Vincent ! Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Vincent Bobillier : Oui bien sûr, je m’appelle Vincent, j’ai 36 ans, je suis originaire d’Orléans, j’ai fait des études de sport et de management du sport, et je suis professeur des écoles d’une classe de CE2 à Limoges.

Petite Marelle : Depuis combien de temps êtes-vous professeur des écoles ?

Vincent Bobillier :  depuis maintenant 10 ans. J’ai enseigné 4 ans dans des classes de maternelles, et 6 ans en CP, CE1 et CE2. J’ai été également animateur et directeur en centre de loisir pendant 8 ans.

Petite Marelle : Avec le confinement, votre quotidien avec les enfants a dû être chamboulé. Comment vous êtes-vous adapté et comment les enfants ont-ils réagi ?

Vincent Bobillier :  il a fallu s’adapter à la situation de manière inédite ! Du jour au lendemain nous avons dû changer complètement nos méthodes d’enseignement ! Nous n’avions plus l’interaction avec les élèves, qui était tellement essentielle aux apprentissages, nous n’avions plus la main sur l’évolution et l’épanouissement de chacun. En classe, les enfants sont tous égaux de par leur statut d’élève, quel que soit leur milieu d’origine. Ils ont en commun le milieu dans lequel ils évoluent, et le matériel qu’ils ont à disposition. Avec le confinement, il a fallu prendre en compte un grand nombre de facteurs supplémentaires et répondre à de nombreuses questions autour de l’enseignement à distance :
ont-ils un ordinateur ?
Une imprimante ?
Ont-ils des parents qui continuent de travailler ?
Ont-ils quelqu’un pour les aider, pour les encourager, pour les motiver, les contrôler, ou encore réajuster ce qu’ils font ? Comment faire pour poursuivre les apprentissages, sans perdre les acquis, et continuer d’évoluer ?
Et pour les enfants de maternelles, dont les journées sont faites de relations avec les autres enfants, de repères grâce aux adultes et aux locaux, ou encore grâce au matériel pédagogique (y compris des outils et jouets éducatifs), comment s’adapter ?

professeur des écoles
le confinement rime malheureusement avec cours à distance

Pour bon nombre d’entre eux, fort heureusement, tout n’a pas été perdu, les parents ont joué le jeu, se sont occupés de leurs enfants, ont envoyé à leur tour des activités faites à la maison et se sont rendu-compte du rôle indispensable de l’école.

Les enfants quant à eux, étaient assez contents d’avoir du temps libre pour jouer et profiter à fond de leurs jouets éducatifs, mais néanmoins tristes de ne plus voir les copains de l’école, de s’amuser en récréation, en cours de sport ou de motricité, en musique, en arts plastiques, etc…

Petite Marelle : Quel est selon vous le rôle de l’école dans le développement cognitif et l’éveil des enfants ?

Vincent Bobillier : l’école est primordiale pour ces deux notions ! C’est le lieu où chaque enfant commence à développer sa personnalité et son caractère, grâce notamment aux relations avec les autres, grâce à des journées rythmées, pleines de repères qui vont les rassurer (salle de classe, de motricité, récréation, cantine, adultes référents, etc …). Ce sont ces repères qui les mettent en confiance et qui leur permettent de s’exprimer à l’oral, de faire part de leurs émotions, de développer leurs talents artistiques, scientifiques, littéraires, etc…

Pour les plus petits, l’éveil et le développement cognitif se fait grâce à cette mise en confiance et à ces repères indispensables. L’enfant apprend en jouant au travers d’activités et du matériel à sa disposition comme les jouets éducatifs. Il essaie de se lancer dans une tâche ; se trompe, essaie à nouveau, et finit par réussir. Il en sort en général fier et content de lui. Il gagne en confiance en lui et veut essayer d’autres tâches. Par le jeu, et par les encouragements de l’adulte, il apprend tous les jours sans même s’en apercevoir.  Quotidiennement, l’enfant s’éveille et grandit, petit à petit.

Petite Marelle : Vous inspirez-vous d’une pédagogie en particulier ou adaptez-vous votre approche à chaque enfant ?

Vincent Bobillier : depuis 4 ans, un projet collectif autour de la pédagogie Montessori a été adopté pour l’ensemble des classes de maternelles de mon école. Cela s’est fait de façon progressive, car il a fallu se former, et acquérir beaucoup de matériel dont des jouets éducatifs. Cette pédagogie n’est pas une rupture par rapport à ce qui se faisait avant, mais plutôt une adaptation aux enfants d’aujourd’hui. Par le passé, le professeur des écoles mettait les enfants en groupe pour faire une activité imposée. Aujourd’hui les enfants sont davantage libres de choisir leur activité, et se servent eux-mêmes du matériel proposé. L’accent sur l’autonomie et épanouissement de chacun est favorisé.

Petite Marelle : Quel est pour vous le rôle des jouets éducatifs dans l’éveil des enfants ? Comment l’intégrez-vous dans votre programme pédagogique ?

Vincent Bobillier : pour moi, le rôle des jouets éducatifs est fondamental dans l’éveil des enfants, qui apprennent principalement grâce au jeu. L’adulte est là pour l’aider et l’encourager au début, mais l’enfant construit son apprentissage lui-même, de façon ludique, individuellement ou collectivement (je pense à des jeux coopératifs, par exemple). Le jeu et les jouets éducatifs sont intégrés de façon quotidienne dans mon programme pédagogique, soit pendant un temps d’apprentissage, soit dans un temps informel (accueil des enfants avant la classe, au temps calme après la sieste, en fin de journée avant l’arrivée des parents, etc…).

Petite Marelle : Pensez-vous que les outils déployés à l’école doivent trouver un « prolongement / une continuité » à la maison ?

Vincent Bobillier : je pense qu’il est judicieux de prolonger ce « plaisir d’apprendre » à la maison, en utilisant le même matériel ou en proposant un jeu similaire. L’enfant reste motivé et les parents sont rassurés sur ce que fait l’enfant la journée, et cela permet d’assurer une continuité dans les apprentissages ou dans l’éveil de celui-ci.

Pour les plus petits il s’agira par exemple de petits jeux de manipulations, de jeux ou jouets éducatifs autour de l’éveil des sens, et pour les plus grands, de jeux de réflexion, d’organisation et de mémorisation (mémory, puzzles, constructions diverses, créations…). Je tiens à rajouter que cela permet également aux parents d’occuper leurs enfants, et de moins céder à la tentation des écrans, qui sont véritablement à bannir ou à limiter pour nos petits.

Petite Marelle : Si vous deviez améliorer un élément à l’école (ou dans votre rôle de professeur des écoles), que feriez-vous en priorité ?

Vincent Bobillier : compte tenu de l’évolution de la société, et de la nécessité d’individualiser les apprentissages, l’élément primordial pour moi serait de réorganiser notre système éducatif : avoir moins d’élèves par classe, davantage d’adultes, et davantage de matériel pédagogique (et pour moi les jouets éducatifs doivent faire partie de ce matériel pédagogique). Le système éducatif scandinave est un modèle en la matière, beaucoup de professeurs des écoles et de spécialistes de l’éducation préconisent de tendre vers ce système, où chaque enfant est lui-même acteur de son apprentissage, et où ils ne sont pas « casés » dans des niveaux scolaires définis. Les objectifs à atteindre sont propres à chaque enfant, et ne le sont pas pour l’ensemble de la classe comme c’est le cas en France.

Certaines écoles (souvent hors-contrat avec l’état) proposent ces conditions aux enfants, mais elles peuvent être parfois onéreuses. Il revient aux parents de développer cela à la maison en jouant avec leurs enfants et en leur proposant des activités et des jouets éducatifs qui les aideront à grandir, mais aussi en leur parlant, en leur lisant des histoires et en les éduquant à l’esprit critique. C’est dans cette bienveillance, que les petits d’aujourd’hui seront prêts, demain, à affronter le monde des grands.