Petite Marelle : Bonjour Léa ! Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Léa Dekker : Je suis  enseignante spécialisée dans les troubles cognitifs et les troubles du comportement ainsi que la surefficience intellectuelle depuis 15 ans. Je suis également coach et formatrice en parentalité, différenciation pédagogique, éducation positive, sciences cognitives et communication bienveillante. J’ai cofondé L’Autre Ecole, une école alternative en région parisienne.
Je suis responsable pédagogique de Niu school Education Services qui propose un accompagnement personnalisé en ligne ou à domicile des enfants extraordinaires et de leur entourage.

J’ai fondé MeWe School, un centre de formation en lien avec la recherche qui a ouvert en septembre dernier et une école d’application qui ouvrira l’an prochain et qui s’appuiera notamment sur les principes des méthodes de pédagogies actives.

J’ai deux enfants : un garçon de 5 ans et une fille de quelques mois.

Je suis passionnée par la nature, le sport et par conséquent je suis écolo 🙂

Petite Marelle : Pourquoi avez-vous lancé MeWeSchool ?

Léa Dekker : Je suis  animée par le désir de participer à un réel changement sociétal et l’envie d’accompagner les enfants afin de devenir des citoyens adaptés au monde de demain. J’ai toujours travaillé auprès d’enfants en difficulté, auprès de ceux auxquels on n’offre pas les mêmes chances de s’épanouir, de grandir, de réussir, c’est la raison pour laquelle MeWe School est une école alternative inclusive, écologique, bilingue.

Petite Marelle : Quel est l’objectif pédagogique de MeWeSchool ?

Léa Dekker : MeWe School Formation agit pour créer une communauté d’apprenants, pour identifier des passerelles, des synergies entre parents, enseignants, éducateurs…A travers des ateliers pédagogiques (autour des pédagogies actives mais pas seulement), des conférences mais aussi en participant aux équipes de suivi de scolarité des enfants, en leur proposant des séances de remédiation cognitive et émotionnelle.

L’objectif de MeWe School est de fournir à chaque jeune, quel que soit son profil, les compétences dont il aura besoin dans l’avenir : la résolution de problèmes, le raisonnement, la coopération, la flexibilité et la créativité. Lui permettre de trouver le chemin qui est le sien pour devenir un adulte épanoui, responsable, critique, autonome et social.

Petite Marelle : Pouvez-vous nous parler des pédagogies actives (dont la plus connue est la méthode Montessori) et de leurs bénéfices pour le développement des enfants ?

Léa Dekker : J’ai eu la chance d’être en immersion dans des écoles alternatives s’appuyant sur les pédagogies actives, et notamment les écoles Montessori aux Pays Bas (pays de mon père), aux Etats Unis et en France. Tous mes cousins néerlandais ont été scolarisés en école alternative telles que les écoles Montessori qui sont publiques là-bas. Je retiens les principes suivants :

L’esprit absorbant : l’enfant absorbe le savoir sans effort et s’instruit lui-même. Durant les « périodes sensibles » l’enfant éprouve une sensibilité particulière à quelque chose et veut l’étudier à fond.

Apprendre avec ses mains, s’instruire en bougeant.

Passer du concret à l’abstrait : c’est l’objet qu’il manipule qui apporte les informations utiles à son apprentissage. L’enfant développe son esprit et son corps en même temps.

J’ai également étudié et observé des classes utilisant d’autres méthodes de pédagogies actives comme : Steiner, Freinet et Decroly. Je retiens notamment de ces pédagogies actives :

– Célestin Freinet :

école alternative
Célestin Freinet

La primauté des outils : les techniques, le matériel à disposition modifient leur rapport au savoir.

Libre échange, expression et communication : pour développer le goût de lire, écrire et dire il faut des gens qui l’écoutent ou le lisent. Partir de leur vie à eux, pas de vie factice.

– Rudolph Steiner :

L’art, stimulant outils d’apprentissage : ne pas dissocier facultés intellectuelles et manuelles.

Rythmes et rituels en place : déroulement des journées bien articulé, rituels favorisés.

(+ d’infos sur la pédagogie Steiner-Waldorf)

– Ovide Decroly :

Le jeu est un travail : l’énergie que déploie un enfant quand il joue est grande et merveilleuse, c’est la première forme de curiosité intellectuelle.

Petite Marelle : Quel rôle le jouet / le jeu tient selon vous dans l’apprentissage des enfants ?

Léa Dekker : Le jouet a cet avantage qu’il attire, attise la curiosité de l’enfant dès le plus jeune âge. A travers le jeu, l’enfant développe ses capacités intellectuelles, motrices, sociales. Il apprend les relations de causes à effets (j’appuie, ça s’allume, je pousse, ça roule…), il comprend le principe de permanence de l’objet (coucou caché), plus tard il apprendra la coopération, développera son imagination… A travers ce support ludique, qui a toujours l’adhésion de l’enfant, il apprend. Je l’utilise à chaque séance sans exception et même en situation d’évaluation et avec les adultes en atelier ou conférence par exemple. Ça marche à tous les coups et l’apprentissage est pérenne car l’apprenant a pris du plaisir ! C’est un outil clef pour l’enseignement des méthodes de pédagogies actives en école alternative.

Petite Marelle : Doit-il selon vous, avoir un prolongement de l’école à la maison concernant le matériel pédagogique ?

Léa Dekker : c’est une certitude. Pour un apprentissage des pédagogies actives de qualité, automatisé et pérenne, il doit se répéter, l’enfant doit fréquenter la nouvelle notion régulièrement. Découvrir un support pédagogique en classe avec ses pairs, son enseignant et pouvoir le réutiliser, s’entrainer, réinvestir à la maison en expliquant les règles à ses frères et sœurs, à ses parents prend tout son sens ! Les ressources que je présente aux élèves sont échangées avec la famille et l’école dans le cadre des séances de remédiations cognitives.

A l’école j’avais par exemple installé des étagères dans les couloirs avec un système de ludothèque, les jeux viennent de l’école ou de la maison ! Cela permet à des enfants qui n’ont pas accès aux jeux (par manque de culture du jeu ou manque de moyens financiers) de se familiariser, d’apprendre par le biais des amis. Et cela est vrai à mon sens, que l’on s’appuie sur des méthodes de pédagogies actives ou non.

Petite Marelle : Aujourd’hui, les enjeux écologiques sont majeurs : comment voyez-vous le rôle de l’éducation et des pédagogies actives (ou plus largement) auprès des générations futures pour favoriser la transition écologique ?

Léa Dekker : l’école (basée sur les pédagogies actives ou non) a un rôle essentiel, plus que sensibiliser les générations futures elle doit les accompagner, les inclure en leur proposant des contenus qui s’inscrivent dans une réalité. Nous devons en tant qu’adulte (enseignant, parents…) montrer l’exemple, intégrer aux gestes du quotidien des actes raisonnables, écologiques. En tant que directrice de l’innovation pédagogique j’ai piloté des projets pour obtenir le label éco-école, la mise en place d’éléments simples tels qu’un composteur, un potager, contrôle du débit d’eau, récupérateur de pluie, une cantine pour manger de saison, local ou circuits courts, la réparation de jeux, meubles…

Je pense à une anecdote, il y a un an en sortant de l’école alternative que j’ai cofondée, une élève de CP sort avec sa mère, j’entends cette dernière dire à sa fille : « on va acheter des fraises pour notre charlotte » et la petite lui rétorquer : « comment on a pu manger des fraises cet été et en manger encore maintenant !? Ce n’est pas de saison ! » J’ai souri. Je me suis dit qu’on avait bien bossé :).